Homélie pour la messe chrismale

Frères et sœurs,

Tous ceux et celles qui ont été baptisés peuvent aujourd’hui, à la suite d’Isaïe et de Jésus dans la synagogue de Nazareth, s’exclamer : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction ». En effet, à la sortie des eaux du baptême, purifiés de la faute originelle et des fautes commises avant le baptême, nous sommes nés à la vie de l’Esprit. L’onction d’huile sainte et parfumée que le ministre sacré a faite sur notre tête, fut le signe de la présence durable de l’Esprit de Dieu au cœur-même de notre cœur. Alors, comme Jésus et à la suite des prêtres, des prophètes et des rois de l’ancienne et première alliance, nous sommes devenus les temples de l’Esprit du Seigneur.

Quelle joie nous envahit à la pensée d’être devenus ces fils et filles de Dieu qui, en raison de la présence de l’Esprit en nos cœurs, peuvent appeler Dieu « Abba, Père » ! Si nous reconnaissons cette mystérieuse présence et cherchons jour après jour à collaborer avec elle, l’Esprit devient notre vie et nous fait agir. En nous laissant mener par l’Esprit nous pouvons dès lors porter des fruits succulents comme Jésus et les saints, ses disciples ; fruits qui se nomment : « charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5, 22).

À la suite de la lecture du prophète Isaïe, dans la synagogue de Nazareth, Jésus affirme : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre ». En venant dans le monde, le Fils de Dieu lui apporte la nouveauté de l’Esprit qui repose sur lui. Grace à sa Pâque – c’est-à-dire sa passion, sa mort et sa résurrection – Jésus va partager cette nouveauté de l’Esprit avec tout homme de bonne volonté qui osera placer sa confiance en lui. Le Père donnera le Paraclet. Ce paraclet, cet accompagnateur de tout croyant, que le Père enverra au nom de Jésus, « lui vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26). Nous vivons « cet aujourd’hui » où s’accomplit en notre faveur ce passage de l’Écriture.

C’est l’Esprit de Dieu qui, ce soir, nous a rassemblés dans cette splendide cathédrale qui, pourtant, n’est qu’une pâle image des pierres vivantes de l’Église que nous sommes, appelés à rayonner la chaleur d’un amour provenant de l’Esprit de Dieu. Au cœur d’un monde troublé et agité par toutes sortes de violences et d’injustices, les chrétiens dont le cœur est imprégné par le baume parfumé de Dieu, son Esprit, constituent un véritable buisson ardent qui ne se consume pas et irradie l’amour miséricordieux du Père, partout où le mal, en de multiples manifestations, semble vainqueur.

Frères et sœurs, ensemble rendons grâce à ce Dieu qui nous sauve par son Fils et nous dynamise par son Esprit, afin que nous soyons, chacun selon notre charisme, des hommes et des femmes capables de porter aujourd’hui la Bonne Nouvelle, en priorité aux pauvres, aux souffrants et aux prisonniers de toutes sortes d’idéologies inhumaines et de maux dévastateurs… Avec l’aide de l’Esprit Saint, soyons des missionnaires audacieux capables de défendre la vie, de sa conception à sa fin naturelle, de défendre la vie donnée dans le cadre d’un couple constitué d’un homme et d’une femme. Soyons capables de discerner l’urgence d’accueillir et de partager avec toute personne humaine connaissant la difficulté, car, nous le savons, ce que nous aurons fait au plus petit, c’est à Dieu lui-même que nous l’aurons fait… ou pas. Devenons toujours davantage des hommes et des femmes désireux de faire miséricorde, de pardonner, de consoler, d’instruire, de procurer de l’aide à ceux qui sont dans le besoin sous quelque manière que ce soit. Ainsi, il sera vraiment manifesté que l’Esprit est sur nous, sur l’Église, l’épouse du Christ, notre Sauveur.

Ce soir, d’une manière toute particulière, permettez-moi, frères et sœurs, d’adresser aux prêtres et aux diacres un immense merci pour l’œuvre qu’ils accomplissent jour après jour dans un contexte sociétale souvent difficile et parfois même, j’ose le dire, odieux lorsque la vérité est faussée. Nous savons bien, tout ministre que nous sommes, que nous ne sommes pas parfaits, nous sommes des pécheurs, mais des pécheurs rachetés car nous sommes d’abord baptisés. Cependant, dans une immense majorité, les ministres ordonnés sont avant tout soucieux de servir dans l’humilité et avec générosité leurs frères dans les communautés où ils sont envoyés et même au-delà pour servir tous leurs frères humains. Quand, malheureusement des ministres ont failli à leur mission, depuis des années déjà et plus intensément actuellement, l’Église de France s’est engagée à demander pardon aux victimes et à leur apporter l’aide nécessaire pour leur reconstruction. L’Église de France s’est aussi engagée, avec davantage de clarté, à aider de différentes manières les ministres fautifs de telle sorte qu’ils ne puissent pas reproduire des actes coupables et destructeurs. Mais il me semble que nous pouvons prier pour que la société dans son ensemble ose prendre les moyens de limiter des abus sexuels entretenus par un climat délétère et provoquant, dans bien des secteurs de la culture actuelle –il faut le dire – retournée au paganisme. Surtout, frères prêtres et diacres, ne laissez pas de place au découragement dans vos vies, ce serait faire le jeu de l’ennemi, et implorant sans cesse l’aide de l’Esprit Saint, osez toujours offrir vos vies pour la gloire de Dieu et le service de l’Église.

Frères et sœurs chrétiens, rendus conformes au Christ par le baptême et la confirmation, sans cesse fortifiés par la réception de l’Eucharistie, spécialement les jeunes, faites confiance au Christ, au Christ avant tout et non pas à tous ceux qui répandent le contraire de la vérité. Malgré les vents hostiles, devenons ensemble toujours davantage de réels fidèles du Christ, des témoins prêts à donner nos vies dans la mouvance de l’Esprit du Christ qui nous a aimés jusqu’à la mort, et à la mort sur la croix. Les martyrs d’aujourd’hui dans différentes régions du monde, en particulier nos frères coptes d’Égypte, nous montrent le chemin. Sachons partager autour de nous la joie de l’Évangile.

Que la Mère de Dieu, Mère de l’Église, toujours obéissante aux motions de l’Esprit, intercède en notre faveur, spécialement en faveur de nos frères persécutés et de nos frères subissant la guerre à travers le monde.

Seigneur, permets que nous soyons pour notre monde, vraiment, les témoins de l’Évangile du Salut.

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi