Homélie pour l’Appel décisif des catéchumènes

Frères et sœurs,

Les textes que nous propose la liturgie aujourd’hui sont extrêmement riches. Ils nous sont offerts pour nourrir notre foi, notre réflexion et permettre une adhésion plus grande à celui qui nous sauve. Tout d’abord, dans cette première page de la Genèse dont la liturgie ne nous offre que quelques versets, je voudrais vous faire remarquer que Dieu est créateur. Ce texte affirme que Dieu est d’abord « le » créateur. Un créateur qui modèle l’homme et qui lui donne la vie. Le créateur place l’homme dans un jardin. Le créateur est un créateur bon, qui ne cherche qu’une chose, le bonheur de ses créatures et ceci est évoqué par le jardin. Pour la plupart d’entre nous, qui ne sommes pas du Proche Orient, le jardin est quelque chose de banal, nous avons de la verdure partout dans le Tarn. Quand on vit au Proche Orient, ce qui domine, c’est le désert. Or, Dieu apprend à son peuple qu’il l’a créé pour le mettre dans un jardin et, en Orient, le jardin est véritablement le lieu du bonheur. Là il y a de l’eau, donc de la vie. Au lieu de jardin, entendez plutôt oasis. Là où il y a de l’eau, il y a des fleurs, il y a des oiseaux, des parfums et des chants. Dans le jardin les orientaux se rassemblent à la nuit tombante, à la fraîche dirions-nous, pour parler ensemble. C’est le lieu de l’intimité. Nous ne l’avons pas entendu parce qu’il y a des coupures dans le texte, mais quand Dieu place l’homme dans le jardin, c’est là qu’il va le rencontrer. Dieu, ce Dieu créateur et bon, a voulu l’homme pour qu’il soit heureux et heureux, en particulier, en sa compagnie.

Voici que ce mystérieux animal, le serpent, tente l’homme. Dieu avait fait à l’homme une recommandation, qui est évoquée par le serpent : « Dieu vous a dit de ne pas manger du fruit de l’arbre ». Le serpent qui est un animal que la plupart déteste, même si certains aujourd’hui en élèvent dans leur appartement ! Le serpent est un animal qui crée la crainte, la peur ; ici il évoque la figure du diviseur, de l’ennemi de l’homme, l’ennemi de Dieu, l’adversaire – dira saint Jean. Le serpent invite l’homme à s’opposer à la parole de Dieu, en persuadant le premier couple de ne pas écouter ce que Dieu a dit, c’est-à-dire en l’invitant à ne pas dépendre de Dieu. Pas de chance, nous avons été créés pour vivre dans la communion avec Dieu, donc dans une réelle dépendance. Bien sûr, je sais qu’il y a des dépendances qui sont mauvaises, mais quand on s’aime, n’est-on pas dépendant l’un de l’autre pour notre bonheur ? Dieu a créé l’homme et la femme pour qu’ils vivent en communion avec lui. Cette communion n’est possible que par l’écoute, l’écoute et l’observation, de ce que ce Dieu bon souhaite à l’homme : un bonheur qui réside dans la communion avec lui. Donc, l’adversaire, le serpent, va tout faire pour que l’homme et la femme ne dépendent pas de leur Dieu créateur et bon.

Finalement, dans l’évangile que nous venons d’entendre, nous voyons Jésus dans le désert. Dans la Bible, le désert est le lieu de l’aridité, le lieu des tentations, mais pas seulement. Le désert est aussi le lieu de la rencontre avec Dieu, souvenez-vous du don de la Loi sur le mont Horeb, en plein désert. Souvenez-vous d’Élie qui, persécuté, part dans le désert et demande la mort. Or, dans une brise légère, Dieu se révèle à lui. Dieu parle au cœur de son peuple dans le désert, tout au long de l’Exode, des quarante années dans le désert, il va toujours y avoir les deux dimensions, celle du combat mais aussi celle où Dieu révèle son amour pour son peuple. Jésus au lendemain de son baptême est conduit par l’Esprit Saint au désert pour y être tenté. Là il va être tenté de la même manière qu’Adam et Ève ont été tentés. Tout d’abord, alors qu’il jeûne, le diable lui propose du pain. Souvenez-vous, le serpent avait proposé une pomme, c’est toute la sensualité qui est réveillée par l’adversaire pour essayer de créer entre l’homme et Dieu la division. La seconde tentation, c’est celle de la vaine gloire. Ève avait entendu le serpent lui dire : « vous serez comme des dieux ». Rendez-vous compte, pour un être humain, c’est faire véritablement le paon ! « Si tu es le fils de Dieu », ose dire le démon au Fils de Dieu justement. « Si tu te prends pour le fils de Dieu » ! Quelle vaine gloire ! Quel orgueil ! Nous sommes si sensibles à tout ce qu’on dit de nous, surtout si nous avons l’impression d’être humiliés, diminués, nous préférons tellement qu’on nous plante des plumes au point d’être capables de faire la roue comme le paon ! Quant à la troisième tentation, le serpent avait dit à Adam, vous ne mourrez pas si vous mangez du fruit, le démon dit au Christ : « je te donnerai le monde », lui qui a participé à la création du monde, « je te donnerai le monde, tu seras puissant » ; voilà ces rêves de pouvoir, de puissance, qui nous tentent tous à un moment ou à un autre de notre existence…

Finalement, il n’y a rien de nouveau avec le « père du mensonge », c’est toujours dans ces domaines-là : la sensualité, l’orgueil, la vaine gloire, la puissance, le pouvoir qu’il essaye de tenter l’humanité. Ainsi, le premier couple s’est laissé tenter. Non seulement il s’est laissé tenter, mais il a succombé. Alors il s’est retrouvé nu, nous dit le texte. Qu’est-ce que ça peut bien vouloir signifier ? Pourquoi ce sont-ils découverts nus ? Les rabbins l’expliquent très bien : parce que jusque-là ils étaient enveloppés, vêtus de la miséricorde divine, de l’amour divin. Quand ils choisissent la rupture avec Dieu, ils se retrouvent nus, sans Dieu, l’alliance est rompue.

Au contraire, avec Jésus, à chacune des tentations présentées par le Satan, par l’adversaire, il opposera la parole de Dieu. Jésus, le Fils de Dieu, demeure dans l’écoute du Père, mais aussi dans son obéissance. Le résultat est qu’il demeure dans la présence et les anges qui viennent le servir en sont le signe. Il est béni par le Père, il est secouru par le Père, il demeure toujours dans la communion avec son Père. Je crois que cette manière de remporter le combat spirituel qui est celle du Christ est pleine d’enseignement pour nous. C’est en opposant à la tentation la fidélité à la parole de Dieu, qu’avec l’aide de la grâce, nous pouvons être vainqueurs du Mal. Le carême est vraiment ce moment où l’Église nous invite à cet entraînement. Je vous invite à lire la Parole de Dieu quotidiennement pendant le carême, si vous ne le faites pas déjà. C’est une nourriture, nous ne pouvons pas dire que nous sommes disciples du Christ si nous ne nous nourrissons pas régulièrement de la Parole divine. Nous avons besoin de nourriture pour notre corps et nous avons tout autant besoin de nourriture pour notre âme. La Parole de Dieu est la première des nourritures à portée de nos mains chaque jour. Jésus est bien pour nous le modèle pour mener le combat spirituel.

La seconde lecture tirée de l’épître aux Romains, est une lecture un peu difficile, je le reconnais. Ne soyez pas inquiets si vous n’avez pas tout compris, il faut une vie pour entrer chaque jour davantage dans le mystère de Dieu. C’est seulement quand nous le verrons, quand le voile se déchirera au moment de notre mort, que nous comprendrons tout. L’épître aux Romains, est une des plus difficiles à comprendre. Cependant je voudrais relever un point que nous avons entendu. « Si la mort est venue par la désobéissance d’Adam », nous dit Paul dans ce passage, « par l’obéissance de Jésus, qui est le nouvel Adam, la multitude est rendue juste », c’est-à-dire qu’elle peut devenir à nouveau proche de son Dieu. Le juste dans l’Ancien Testament, est celui qui écoute la Parole et la met en pratique. Par nous-mêmes, nous pouvons écouter, mais nous ne sommes pas assez forts pour la mettre en pratique. Avec la grâce de Dieu, avec le don de l’Esprit Saint que vous allez recevoir lors de votre baptême et de votre confirmation, alors vous pourrez mener le combat spirituel et, avec le Christ, être vainqueur.

Cette victoire, de Jésus au désert, est une annonce de la victoire que Jésus acquerra en notre faveur sur la croix. Par sa passion et sa mort sur la croix, dans cette offrande de sa vie au Père et à l’humanité, Jésus obtiendra que l’alliance entre Dieu et l’humanité qui avait été rompue par la faute originelle, soit rétablie en notre faveur. Par le don de l’Esprit Saint que nous recevons lors des sacrements de l’initiation, tout homme qui place sa confiance dans le Sauveur, peut devenir enfant de Dieu, peut devenir un autre christ et vivre de la vie divine qui lui est alors communiquée.

Frères et sœurs, pendant ce carême prions pour les catéchumènes, afin qu’ils accueillent en plénitude cette vie divine qui va leur être donnée. Prions les uns pour les autres, afin que nous ôtions de notre vie tout ce qui empêche la vie divine de porter du fruit, de rayonner, de telle sorte que nous devenions véritablement les évangélisateurs dont notre société actuelle a un besoin énorme.

Amen

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi

1ère lecture : Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a
Psaume : 50, 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17
2ème lecture : Rm 5, 12-19
Évangile : Mt 4, 1-11