« À vous miséricorde et paix et charité en abondance » (Jude 2)

bon-samaritainPour conclure l’année jubilaire de la Miséricorde, le Pape François a voulu publier une lettre apostolique intitulée :   « Misericordia et misera », c’est-à-dire : «  Miséricorde et misère », en référence à la rencontre entre Jésus et la femme adultère.  «  Il ne reste que la misérable pécheresse en face de la bonté miséricordieuse ». Cette page bouleversante de l’Évangile est considérée par le pape comme  « une icône » de ce qui a été vécu dans le monde entier durant l’Année Sainte, mais aussi comme ce qui constitue la vie de l’Église et « rend manifeste et tangible la vérité profonde de l’Évangile ».

Après avoir souligné le temps de grâce qu’a été l’année jubilaire où la miséricorde a été donnée en abondance de manières diverses, le Pape invite « à regarder en avant » et  « à continuer avec fidélité, joie et enthousiasme à faire l’expérience de la richesse de la miséricorde divine ». Ainsi les conversions pastorales que nous somme invités à effectuer, personnellement et communautairement, devront être « imprégnées de la force rénovatrice de la miséricorde ».

La prière de l’Église est une perpétuelle célébration de la miséricorde divine dans la liturgie. Elle se déploie particulièrement dans toute la vie sacramentelle. L’écoute de la Parole de Dieu lors de la célébration eucharistique dominicale, comme la « lectio divina » c’est-à-dire la lecture des Écritures, que chacun est invité à pratiquer personnellement de manière régulière, sont des lieux où se manifestent les merveilles de la miséricorde divine. Une vive prise de  conscience de l’amour miséricordieux du Seigneur pour soi et pour chacun grâce à la Parole de Dieu « débouche nécessairement sur les gestes des œuvres concrètes de charité ».

Plusieurs paragraphes de la lettre apostolique sont consacrés au sacrement de la Réconciliation. Pour le Pape, ce sacrement  « doit retrouver sa place centrale dans la vie chrétienne ». Les fidèles sont invités à ne pas passer à côté de cette grâce, ce « moment où nous nous sentons embrassés par le Père qui vient à notre rencontre pour nous redonner la grâce d’être de nouveau ses enfants ». En ayant cette certitude de foi que l’amour divin nous précède toujours, mieux encore, qu’il nous accompagne sans cesse et demeure à nos côtés malgré notre péché, il devient plus aisé d’oser se jeter dans les bras du Père miséricordieux comme le fils prodigue de la parabole. Bénéficiaires du pardon divin, ce pardon nous ouvre à vivre dans une vraie charité et nous donne la capacité de pardonner à notre tour ; qu’il s’agisse parfois de pardonner aux autres aussi bien que de se pardonner soi-même, en quittant les diverses formes de culpabilités et les replis sur soi.

Ce sacrement de la joie exige de la part des prêtres le plus grand soin. Le souhait du pape est  « que chaque prêtre se fasse donc guide, soutien et réconfort dans l’accompagnement des pénitents sur ce chemin particulier de réconciliation ». Cela   suppose pour chaque prêtre de se préparer à cette mission et  « dans le confessionnal, d’avoir un cœur magnanime, conscient que tout pénitent le renvoie à sa propre condition personnelle : pécheur, mais ministre de la miséricorde ». Le Pape exprime sa gratitude aux prêtres pour ce service exigeant ; il rappelle les qualités nécessaires pour l’exercer de manière à faire découvrir aux pénitents « la proximité de la tendresse du Père qui pardonne ».

Enfin, le Pape François rappelle que «  la miséricorde a aussi le visage de la consolation ». Là où il y a une souffrance, le chrétien peut offrir une parole, une caresse, une prière, un silence, une compassion qui apporte au cœur de celui qui souffre, chaleur et apaisement. Au moment de la mort, l’accompagnement dans ce moment  « de faiblesse, de solitude, d’incertitude et de pleurs » est  particulièrement important. Une foi vive dans le Ressuscité et la vie future exprime autant la miséricorde du Seigneur que l’Espérance de l’Église. Si le jubilé est désormais achevé, comme bientôt l’année civile, « la porte de la miséricorde de notre cœur demeure toujours ouverte ». Cela signifie que chacun, là où Dieu le place, doit s’efforcer de favoriser l’exercice des œuvres de miséricorde dans une société où beaucoup à travers le monde n’arrivent pas à vivre dignement. La miséricorde possède une dimension sociale qui nécessite l’engagement des disciples du Christ pour bâtir une   « culture de la miséricorde ». Dans ce but, le Pape demande que le XXIIIe dimanche du temps ordinaire devienne la  « Journée mondiale pour les pauvres ».  «  Cette journée constituera une authentique forme de nouvelle évangélisation par laquelle se renouvellera le visage de l’Église dans son action continuelle de conversion pastorale pour être témoin de la miséricorde ».

À Bethléem, le Fils de Dieu a choisi de naître pauvrement et de se faire d’abord connaître aux bergers, considérés comme des membres impurs du peuple. Que l’enfant de la crèche apporte aux lecteurs de cet ultime numéro d’Église d’Albi, la joie de se savoir aimés et sauvés par le Christ, « visage de la miséricorde du Père ».

À tous, joyeux et saint Noël !

Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi