« Faites tout ce qu’il vous dira »

En ce mois d’octobre consacré à la prière du rosaire, il me semble opportun de contempler cette mère si attentive à ses enfants et dont la disponibilité à la grâce demeure constamment à la fois un émerveillement pour tout chercheur de Dieu et une voie exemplaire pour ceux et celles qui, selon l’exemple du disciple bien aimé, Jean, l’accueille chez eux. Pour Marie, la Parole n’est pas une abstraction. C’est une grâce qu’il faut demander : que la Parole ne soit pas une abstraction pour nous. Pour Marie, la Parole devient, au lendemain de l’Annonciation, la personne de Jésus ; son fils, le Fils de Dieu. L’accueil de la Parole par Marie donne naissance au Christ. Il en va de même pour nous, d’une manière différente, mais analogique. L’accueil par nous de la Parole donne naissance au Christ en nous. Par la foi, l’adhésion à la Parole, nous devenons chrétiens ; nous devenons un autre christ, appelés à vivre avec le Christ, dans un véritable compagnonnage. À la fois nous sommes un autre Christ, et nous sommes en même temps appelés à vivre avec le Christ que l’Esprit rend présent en nous. Nous sommes transformés en Christ, et appelés à vivre avec le Christ.

Faites tout ce qu’il vous dira (Jean 2, 5)

Il est important de contempler, de connaître, d’entrer dans le mystère de Marie, car il s’agit pour nous de nous mettre à l’école de Marie, pour apprendre à accueillir la Parole, et à garder cette Parole qui nous fait naître, qui nous fait vivre et qui nous fait d’ores et déjà entrer dans la vie éternelle. Marie est la mère de la vie humaine du Christ, mais depuis que le Christ, du haut de la croix, nous l’a donnée comme Mère, Marie est aussi la mère de ces enfants que le Christ lui a donnés. Par elle, à travers Marie, c’est la vie divine qui est donnée aux humains. Marie donne la vie humaine au Christ, mais à travers le mystère de Marie, le mystère de la maternité divine de Marie, nous recevons la vie divine.

Je voudrais, à présent, évoquer un très beau passage du « Journal d’un curé de campagne », de Bernanos. C’est vraiment un sommet théologique. Il s’agit du curé de Torcy qui présente magnifiquement la Vierge :
« Elle est notre mère, c’est entendu. Elle est la mère du genre humain, la nouvelle Ève. Mais elle est aussi la fille ; l’ancien monde, le douloureux monde, le monde d’avant la grâce, l’a bercée longtemps sur son cœur désolé, des siècles et des siècles, dans l’attente obscure, incompréhensible, d’une « virgo genitrix » [une vierge qui engendre]. Des siècles et des siècles, il a protégé de ses vieilles mains chargées de crimes, ses lourdes mains, la petite fille merveilleuse dont il ne savait même pas le nom. Une petite fille, cette Reine des anges ! Et elle l’est restée, ne l’oublie pas. Le Moyen Âge a compris tout. Mais va donc empêcher les imbéciles de refaire à leur manière le drame de l’incarnation comme ils disent. Certes, notre pauvre espèce ne vaut pas cher, mais l’enfance émeut toujours ses entrailles, l’ignorance des petits lui fait baisser les yeux, ces yeux qui savent le bien et le mal, ces yeux qui ont vu tant de choses ! Mais ce n’est que l’ignorance après tout. La Vierge était l’innocence. Rends-toi compte de ce que nous sommes pour elle, nous autres, la race humaine ? Oh ! naturellement, elle déteste le péché, enfin, elle n’a de lui nulle expérience ; cette expérience qui n’a pas manqué aux plus grands saints, au saint d’Assise lui-même, tout séraphique qu’il est. Le regard de la Vierge est le seul regard vraiment enfantin ; le seul vrai regard d’enfant qui se soit levé sur notre honte et notre malheur. Oui, mon petit, pour la bien prier, il faut sentir sur soi ce regard qui n’est pas tout à fait celui de l’indulgence – car l’indulgence ne va pas sans quelque expérience amère –, mais de la tendre compassion, de la surprise douloureuse d’on ne sait quel sentiment encore, inconcevable, inexprimable, qui la fait plus jeune que le péché, plus jeune que la race dont elle est issue, et bien que Mère, par la grâce, Mère des grâces, la cadette du genre humain. »

Marie est véritablement, pour tout croyant, le modèle. Elle est notre modèle en raison de sa foi. Il ne faut pas oublier que durant toute sa vie sur terre, Marie a vécu en croyante. Elle ne vivait pas dans la vision béatifique. Elle a vécu dans la confiance, sans tout comprendre.

Dans la période troublée que nous vivons, je crois absolument essentiel de confier à la Mère de Dieu nos peines actuelles et nos inquiétudes face à l’avenir. À plusieurs reprises dans la longue histoire de l’Église, le recours à sa puissante intercession a changé le cours des événements de manière tout à fait inattendue. Osons lui demander avec force et constance la paix pour le monde entier, ainsi que la conversion des pécheurs, spécialement là où le Dieu de Jésus Christ est méconnu.

† Jean Legrez, o.p.
Archevêque d’Albi

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